Le petit hameau d'Hérouval compte parmi ses habitants un personnage tout à fait singulier : le peintre d'origine monténégrine Miodrag Djuric dit Dado. En effet, ce personnage haut en couleurs, installé depuis 1960 dans un ancien moulin, un peu à l'écart du village, poursuit une démarche créative hors des modes, inconfortable, parfois, mais toujours généreuse et pudique si l'on y prend garde.
Après des études d'Art à Herceg-Novi et à Belgrade, ( dans la Yougoslavie d'alors), Dado est arrivé en France en 1956 et a d'abord travaillé dans un atelier de lithographie parisien, tout en fréquentant assidûment les principaux musées parisiens, tel le Louvre pendant ses moments de loisirs. Découvert par Jean Dubuffet, alors un artiste français aussi respecté qu'écouté, Dado va entamer une première collaboration avec le marchand de ce dernier : Daniel Cordier.
L'artiste va alors quitter Paris pour s'installer durant quelques années dans un petit village normand, dont le nom ne peut qu'être familier à nos lecteurs : Courcelles-les-Gisors.
Puis, il s'établira définitivement à Hérouval.
La carrière de Dado est des plus remarquables puisqu'elle fourmille de rencontres multiples, que ces dernières concernent des lieux, des individus, des pays lointains. Mais il nous paraît important de mettre l'accent sur cet attachement particulier de l'artiste à cette grande propriété, sise devant un étang au - dessus duquel évoluent en toute simplicité ces hérons, dont mon propre instituteur, monsieur Rivoallan, une figure bien connue de Montjavoult, il y a encore vingt ans, me disait, lors des leçons d'histoire qu'il était amené à me dispenser, qu'ils étaient familiers des lieux depuis l'antiquité.
C'est à Hérouval, que Dado va peindre et dessiner au fil des années. En 1970, le Centre national d'art contemporain organise la première rétrospective de l'artiste.
En 1975, l'artiste va se rendre en République centrafricaine, en compagnie d'une mission médicale. Il va alors réaliser toute une série de dessins à la mine de plomb.
Dans les années 1980, Dado va exposer régulièrement, notamment à la Galerie Beaubourg. Ainsi, il présentera en 1986 une exposition consacrée à Buffon dans laquelle il interprète sur le mode pictural qui lui est propre depuis toujours - colonies de Difformes évoluant dans une amniotique sérénité - les écrits du célèbre naturaliste français.
En 1989, la donation Daniel Cordier, comportant de nombreuses œuvres de Dado (peintures et dessins), entre au centre Pompidou.
La même année, la propriété du peintre va être hélas l'objet d'un incendie, mais Dado reprendra son travail dès le lendemain du sinistre.
L'année 1990 sera une revanche, pour l'artiste, celle du renouvellement sur le plan de l'expression, puisqu'il va exposer, toujours à la Galerie Beaubourg une série de sculptures, pour la plupart d'éléments de récupération, appariés à des ossements variés d'animaux.
En 1991, paraît la première monographie du peintre sous la plume de l'écrivain Alain Bosquet, aux éditions de La Différence.
Dado : Dyptique d’Hérouval, 1975-1976. Centre Pompidou.
Les années suivantes seront pour l'artiste l'occasion de s'exprimer d'une manière tout à fait singulière, puisqu'il va, tout en continuant son travail en atelier, investir successivement une demeure aveyronnaise, puis une ancienne cave vinicole située dans l'Hérault (en 1994), le Domaine des Orpellières. En 1997, le Centre Culturel Norois, situé à Arras, va présenter une rétrospective de l’artiste. Mais c’est en 1999 que Dado va être confronté à un défi artistique majeur. En effet, avec l'accord bienveillant de l'équipe culturelle de la municipalité de Gisors, il va entreprendre une fresque dans une Chapelle, jusqu'alors un peu abandonnée, la Léproserie St -Luc.
L'artiste consacrera trois années à cet « Orné », sans pour autant négliger sa création sur toile et ses collaborations avec des écrivains amis, tel Mathieu Messagier ou Claude Louis Combet.
En 2002, Dado fait la connaissance de Régis Bocquel, fondeur de son état. Cette rencontre va être essentielle pour notre artiste puisqu'elle lui permettra de confirmer son appétence pour la sculpture.
Ainsi, naîtra sous la main de l'artiste une série de Bronzes, qu'avec l'amicale complicité de son nouvel ami, Dado installera à l'intérieur d'un antre singulier, un ancien Blockhaus datant de la seconde guerre mondiale. Il entreprendra par la suite une fresque sur les parois, particulièrement hostiles du même édifice.

Dado dans sa cuisine, Hérouval
Arrive l'année 2006, laquelle va être marquée, pour l'artiste par la création d'une série de dessins, puis de céramiques intitulées « Les Oiseaux d'Irène ». Le processus selon lequel Dado en sera venu à adapter librement un ouvrage d'Irène Némirovski, « Suite Française », pour l'amener tout naturellement à son propre mode expressif constitue également une manière de « Devoir de Mémoire » artistique.
D'étranges volatiles vont alors prendre leur envol, en un hommage émouvant de l'artiste à l'écrivain français emporté par l'Abîme, en 1942.
En août 2008, Pascal Szidon, webmaster et vidéaste met en ligne le premier site officiel consacré à Dado : www.dado.fr.
Dado, artiste complet, est également un homme profondément attaché à la nature normande, à ce terroir qu'il a si facilement apprivoisé au fil des années. Ce ne seront pas les canards, nombreux à Hérouval et ces hérons gris, auxquels je faisais allusion au début de ce texte qui contrediront mes dires.
Je quitterai ici le lecteur, et me rendrai « Sous le Saule » (je vous invite d'ailleurs vivement à lire ou à relire la nouvelle éponyme d'HC Andersen, réellement superbe), un arbre monumental qui surplombe la propriété de Dado. Et j'attendrai le passage des Oiseaux...
Dado représentera le MONTENEGRO à la Biennale de Venise 2009 et simultanément, une exposition sera organisée, dans cette même ville, au Palais Vernier.
Yanitza Djuric
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